Des racines et du vin est une association fondée pour acquérir et préserver à Garrigues deux parcelles de vieux terrets, blancs, gris et noir, cépage historique de l’Hérault, oublié et menacé de disparition. Plantés racinés en 1968 pour l’essentiel, ils ont été greffés cep après cep par la main de l’homme avec des greffons issus de terrets encore plus vieux, eux-mêmes issus de parcelles aujourd’hui disparues. Il ne reste plus en France que 800ha de terret blanc et 40ha de terret gris cultivés.
Circonscrite à un territoire à portée de culture, l’association peut éventuellement étendre ses acquisitions à d’autres parcelles plantées de cépages patrimoniaux, également oubliés et menacés de disparition.
La perte de la diversité variétale, la sélection clonale, et la généralisation de la multiplication de la vigne par greffés-soudés sont les vrais dangers qui menacent la pérennité de la vigne. Ces conduites ont génétiquement appauvri la vigne, affaiblissent ses défenses. Elles portent atteinte à sa pérennité autant que le changement climatique à l’oeuvre. On sait aujourd’hui que la vigne, quand elle n’est pas issue d’un clone greffé-soudé, développe des propriétés génétiques qui lui permettent de s’adapter aux caractéristiques de son environnement (sol et climat). La sélection de bois (génotypes) dans différentes parcelles de cépages anciens est l’un des moyens de préserver la diversité génétique d’un cépage, son adaptabilité (Résolution OIV-VITI 564B-2019), et la diversité des cépages.
Préserver ces parcelles signifie
les protéger de toute velléité d’arrachage pour des motifs économiques,
les dégager de l’obligation de rendement minimal,
les tailler en respectant les flux de sève et en s’adaptant à la vigueur de chaque cep,
les cultiver en respectant la vie des sols et leur équilibre,
les protéger des maladies avec des traitements de contact biologiques sans impact sur le métabolisme de la plante,
préserver leur environnement, les plantes compagnes, les micro-organismes et les insectes,
les vinifier au plus près du raisin et du millésime
mettre leurs sarments à la disposition des vignerons et des ampélographes pour la multiplication.
Dégagées des obligations de rendement, ces parcelles peuvent être des terrains de restauration de la diversité de l’environnement de la vigne, laquelle est une plante de lisière, naturellement mariée aux arbres qui la portent, compagne des plantes dites médicinales, aromatiques et des fruitiers méditerranéens, dans l’esprit des Grecs qui parlaient de verger viticole, de même que les Etrusques.
Dans cette perspective, la préservation de ce patrimoine végétal est portée et animée par les vignerons voisins des parcelles dans un esprit collectif et d’intérêt général, dépassant les querelles de clocher.
Les vignerons partagent cette entreprise avec les riverains, les amis de la vigne et du vin, professionnels et amateurs.
Partager nos expériences avec d’autres associations oeuvrant dans le même esprit, notamment les Vieilles Branches, Les cépages modestes, Fruitiers et patrimoine vivant, consolide la connaissance et les savoirs.
Seuls nous ne sommes rien.
La vigne, dans le paysage qu’elle sculpte, cohabitant, ici, avec les arbustes et arbres de la garrigue, les oliviers et les amandiers, et le partage du vin sont des piliers de la culture méditerranéenne. Et il s’agit bien, au-delà d’un patrimoine végétal, de préserver la culture, de la transmettre, de génération en génération.
Cette préservation doit être saluée concrètement par des retrouvailles annuelles, qu’au temps où les dieux rôdaient sur la terre on appelait des bacchanales. Bu partagé dans la vigne dont il est issu, le vin ancre les hommes dans le territoire qu’ils habitent, tissent les liens entre eux, rapproche la main qui taille la vigne de celle qui tient le verre.
